Les Casseroles à Plumes

Le blog de deux copines qui s'échangent des idées, des recettes, des avis.

16 août 2006

Retour de week-end

   

Récupérer un chat planqué sous un lit entre quatre valises est à peu près aussi périlleux qu’un saut en élastique. Même pas sûr. C’est peut-être pire. Parce qu’en saut à l’élastique, on est libre de sauter en hurlant de toutes ses forces, on est libre de renoncer et d’arracher toutes les sangles en ne sachant pas si l’on tremble de ce qui aurait pu se passer si on avait sauté ou si c’est la joie d’avoir pris une sage décision de survie, on est libre de décider du meilleur ou du reste. Tandis qu’un chat peut faire sa tête de mule pendant des heures. Il a le temps. Tout le temps du monde. Et le vôtre n’a aucune importance. Un chat ne sait pas être pressé. Sauf quand il s’agit de pâtée. Le dimanche à sept heures du matin.

Après un joli week-end, me voilà de retour à Polluland, dans le quartier de Belleville. Un 15 août, on se dit qu’on va être tout seul, qu’ils sont tous à la plage (la vraie de Bretagne ou la fausse des bords de Seine), et que l’on va pouvoir se garer sans créneau. Oui, mais on est mardi, et c’est l’heure du marché. Dommage. De quoi avoir les crocs, surtout quand d’énormes bonnes femmes chargées de trois caddies traversent au bonhomme rouge, que le feu est vert depuis au moins dix secondes, et que l’on se fait traiter de chauffard en voulant juste passer en toute légalité. Je klaxonne, je m’énerve, mais je m’en fous, j’ai la condamnation centralisée et vu le modèle, mes vitres sont forcément blindées. Après un week-end douceur, je redeviens la parisienne furieuse et impatiente. Ca faisait longtemps.

Me voilà armée pour affronter le chat, ma Louloutte en sucre que j’aime quand elle frotte sa tête contre la mienne dans un ronronnement apaisant. A peine suis-je entrée que je vois le bout de deux pattes blanches se faufiler sous le lit. Ca y est, c’est foutu. Elle m’a vue venir. On en a pour une heure.

A quatre pattes, j’observe l’animal qui est en boule, l’air renfrogné du chat pas content qui comprend que le prochain quart d’heure ne sera pas le meilleur. On commence gentiment, on amadoue par des mots d’amour, des « tu m’as manqué, mon bébé », tous les surnoms y passent, mais aucun ne marche. Aurait-elle pigé la technique ? Je tente de faire glisser la valise qui sert de couchette à l’oiseau mal luné, la minette se tasse puis rampe sur une deuxième valise tandis que la première bloque et me donne chaud. Je m’essaie à la technique de la prise en sandwich, j’enserre la bestiole entre deux sacs. Mauvaise idée. Un « Shhhhh-wrraaaah » qui sonne comme une insulte s’abat sur moi. Les griffes sont à leur maximum. La guerre est déclarée.

Tout y passe. La gamelle, alternative à la carotte que l’on tient au bout d’un fil et que l’on éloigne au fur et à mesure que la proie se rapproche, la souris factice qui clignote, sonne, chante et miaule, la caresse en signe de paix qui se termine par une main lacérée et rougissante, la reprise d’autorité complètement ratée « Le chat, ça suffit, tu sors maintenant » qui bien évidemment ne sert à rien, un chat n’obéit pas car un chat n’est pas un chien.

Au bout de trois quarts d’heure, la technique du balai est la seule restée inexploitée. Le chat croit que c’est un jeu, donne des coups de pattes amusés, puis comprend qu’un balai qui le pousse vers la sortie est un balai ennemi. Mise en boule, fermeture des yeux, oreilles couchées. Le balai reste le plus fort, le chat se sauve, espérant trouver une planque encore plus sûre ailleurs. Trop tard, je lui saute dessus, l’enferme dans sa cage, tandis que Minette se demande encore comment une telle trahison de ma part est possible.

De retour à la maison, j’ouvre une boîte. Minoutte me regarde à peine de son air contrarié. Elle se lèche les babines discrètement, me miaule un truc inaudible. Je lui fais du chantage. « Si tu m’aimes, je te nourris ». Il faut croire qu’elle comprend. Elle vient se frotter à mon mollet avec un ronronnement forcé.

Ok, ça ira pour cette fois.

 

Posté par Papote à 13:30 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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